Il est courant de définir les termes du sujet afin de bien saisir l’objet étudié. Cependant, force est de constater, que sur une définition à première vue simple comme celle d’un espace vert, il n’y a pas de consensus. En effet, dans les 15 PLU du Grand Avignon, mise à part les communes de Velleron et de Roquemaure, les définitions d’un espace vert ne sont jamais les mêmes. Et pour cause, certaines communes considèrent les dalles evergreen comme des espaces verts, tandis que d’autre non. Certaines les définissent comme un espace planté, tandis que d’autres précisent que les espaces verts sont des « espaces d’agrément végétalisés en pleine terre » (…). Outre les définitions diverses, certains PLU ne définissent pas toutes les notions qu’ils utilisent dans leur PLU. Prenons l’exemple de la définition d’un espace vert, où l’on note l’absence de cette définition dans 53% des PLU étudiés (8/15). De plus, parmi ces communes, certaines légifèrent dessus, comme c’est le cas des PLU de Morières-Lès-Avignon, Sauveterre ainsi que Villeneuve. Une question se pose donc : pourquoi n’y a-t-il pas de définitions nationales ?
Même si la question est légitime, le principe constitutionnel (article 72) précise que « Dans les conditions prévues par la loi, [les] collectivités s’administrent librement par des conseils élus et disposent d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs compétences ». En effet, les EPCI ne peuvent pas exercer une tutelle sur les communes : leurs compétences se juxtaposent, elles ne se superposent pas. Toutefois, les EPCI peuvent proposer un lexique commun aux communes, ou comme le précise l’Institut Paris Région, une « définition pragmatique et partagée ». Libre à elles de choisir si elles les suivent. Agir pour le climat passe donc par une homogénéisation des définitions, afin de mieux cerner les concepts et de les légiférer plus efficacement.
En effet, les instructeurs du Grand Avignon, en dépit de leurs compétences, sont eux aussi confrontés à ce problème. Si un pétitionnaire fait une demande de permis de construire dans la ville de Morières-Lès-Avignon (qui ne définit pas les espaces verts, mais qui les légifèrent), quelle définition est censée considérer l’instructeur en charge du dossier ? Le paradoxe est donc là. Chacun veut préserver l’environnement, mais cette préservation ne se fera qu’au prix d’une collaboration étroite, et d’une homogénéisation des définitions. Toutefois, nous nuancerons notre propos en précisant que le fait que les communes aient une marge de manœuvre dans la construction de leurs PLU est important, afin qu’ils soient le mieux adaptés à leurs besoins locaux et à leurs politiques d’aménagements du territoire, tout en causant un manque de cohérence entre les PLU.
Les espaces verts, sont, selon les définitions, des « espaces d’agrément végétalisés en pleine terre » (PLU Roquemaure), ou des « espaces libres plantés » (PLU Entraigues-sur-la-Sorgue). Encore une fois, il existe d’autres définitions. Dans une optique de protection de l’environnement, ils incarnent un enjeu crucial, et sont importants pour le quotidien des habitants locaux, puisque selon la Banque des Territoires, plus de huit Français sur dix souhaitent habiter à proximité d’un espace vert. En effet, les espaces verts en ville sont la source de nombreuses externalités positives puisqu’ils :
- Evitent les îlots de chaleur urbains et réduisent les pics de chaleur l’été,
- Protègent la biodiversité (écureuils du parc Chico Mendès),
- Réduisent le bruit,
- Ont la capacité de drainage de l’eau car surface non artificialisée,
- Proposent une aire récréative pour tout un chacun,
- Encouragent une activité physique à l’heure où nous sommes de plus en plus sédentarisés,
- Améliorent la qualité de l’air, car les arbres piègent les particules fines,
- Réduisent le stress,
- Sont vecteurs de lien social,
- Améliorent l’attractivité économique, démographique et touristique.
Maintenant que les enjeux sont exposés, intéressons-nous à la manière avec laquelle sont considérés les espaces verts par les communes, au sein de leurs PLU. Il y a ci-joint un tableur Excel, qui fait une synthèse de quelques normes préconisées par les PLU du Grand Avignon, auxquelles nous avons ajoutés trois autres villes étrangères à l’EPCI : Champagne-sur-Seine (6 179 habitants, 77), Saint-Maur-des-Fossés (76 000 habitants, 94) et Verdun-sur-Garonne (4 800 habitants, 82). La comparaison des PLU de ces trois villes avec ceux du Grand Avignon est intéressante, puisque les villes ont été choisies en fonction de leurs tailles, et de leurs similitudes avec celles du Grand Avignon.
Ainsi, dans le document suivant, nous voyons la moyenne des pourcentages d’espaces verts des communes du Grand Avignon, en y rajoutant les moyennes des trois autres communes étudiées. Ce calcul de moyenne (en bleu) a été fait en additionnant le pourcentage d’espace vert indiqué dans le PLU pour chaque zone (UA, UB…), et en le divisant par le nombre de zones qui légifèrent les espaces verts. En outre, en orange, le nombre de zones (UA, UB…) qui légifèrent les espaces verts est indiqué. On part donc du principe que plus le nombre de zones légiférées est grand, plus le résultat du pourcentage d’espace vert est intéressant, et les conclusions légitimes. Le trait rouge représente la moyenne (23,4%).
On observe que le pourcentage d’espace vert par communes va du simple au sextuple. En effet, les deux communes qui ont le moins d’espace vert sont Caumont et Saze, qui sont toutes les deux à 10%. Cependant, Caumont n’a que deux zones légiférées : UB à 10%, et UC aussi à 10%, tandis que Saze n’en a qu’une seule : la zone UE à 10%. Comme dit précédemment, même si les pourcentages sont bas, leur interprétation est difficile dans le sens où il n’y a que très peu de valeurs prises en compte dans les calculs. En effet, dans une optique de protection de l’environnement, il est important de ne pas laisser à interprétation des notions aussi importante pour le développement durable.
A l’inverse, les villes de Morières-Lès-Avignon et Entraigues-sur-la-Sorgue sont celles qui demandent le plus d’espaces verts. En effet, leurs moyennes sont respectivement à 60% et 50%. De plus, la zone UD de Morières-Lès-Avignon est soumis à 70% d’espaces verts, comme c’est indiqué dans l’Excel ci-joint. Cela pose un problème, car ce palier est trop élevé, si bien que de nombreuses demandes de permis de construire sont refusées, par manque d’espaces verts sur leur parcelle. Pour cause, pour un lotissement de 10 000 m², 7 000 m² doivent être réservés aux espaces verts. De plus, sur les 3 000 m² restants pour la construction, il faut y déduire la surface dédiée à la voirie, les places de stationnements et les potentiels bassins de rétention s’ils sont bâchés.
Aussi, toutes les communes, dont les moyennes sont marquées à 0 sont celle qui ne légifèrent pas les espaces verts. Sur les 15 communes du Grand Avignon qui ont un PLU, cinq ne règlementent pas les espaces verts. La ville de Champagne-sur-Seine ne légifère pas non plus les espaces verts. A noter que l’on n’observe pas de corrélation entre le nombre de zones légiférées et le pourcentage d’espace vert demandé.
Ce document montre le pourcentage moyen d’espace vert des communes du Grand Avignon et des trois autres communes étudiées, en fonction de la zone (UA, UB…). L’axe des ordonnées est exprimé en pourcentage.