Tia CIBRARIO Yoan CÈBE Nicolas MASSOT

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Après avoir fait un bref tour d’horizon des causes des émissions de GES, nous allons nous intéresser à la réponse de la coopération internationale, qui se définit comme étant une des solutions pour lutter collectivement contre les effets de ce changement climatique. Il s’agit ici de faire un tour d’horizon des mesures internationales prises, et de leurs implications. Nous traiterons à la fin de notre travail des limites de ces accords

I. Le Groupe d'Expert Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat

     Mais avant tout, il a fallu établir un consensus scientifique international sur la question du réchauffement climatique, qui permettrait de légitimer son combat, qui, rappelons-le, était loin d’être consensuel auparavant. Ainsi, les États ont eu besoin d’une expertise scientifique pour savoir si oui, ou non, les activités humaines ont un lien avec le réchauffement climatique. C’est pourquoi le Programme Climat Mondial, programme scientifique visant à mieux comprendre le système climatique, a été créé en 1979. À l’initiative de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), il fut remplacé par le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) en 1998. L’intérêt de ce groupe est de synthétiser les travaux de recherche sur le réchauffement climatique et ses impacts (méta-analyses). Ainsi, ces rapports synthétiques ont la particularité de prendre en considération un très large panel de la littérature grise mondiale, ce qui en diminue les biais, et les conflits d’intérêts, et légitime ainsi ses résultats auprès des instances internationales. Ces rapports ont aussi pour objectif l’aide à la décision. Ainsi, pour chaque rapport, un « Résumé à l’intention des décideurs » est rédigé et diffusé à ces derniers.

     Ainsi, depuis sa création, ce groupe a publié six rapports. Il est intéressant de voir l’évolution des conclusions de ces rapports, puisqu’elles en disent long sur la prise de conscience à l’échelle globale du problème climatique :

  • 1990 : « La détection grâce aux différentes observations d’une augmentation sans ambiguïté de l’effet de serre est peu probable dans les prochaines décennies ou plus »
  • 1995 : « L’étude des preuves suggère une influence détectable de l’activité humaine sur le climat planétaire »
  • 2001 : « Il y a des preuves solides que la tendance au réchauffement climatique observée ces cinquante dernières années est attribuable à l’activité humaine »
  • 2007 : « L’essentiel de l’accroissement constaté de la température moyenne de la planète depuis le milieu du XXe siècle est « très vraisemblablement » dû à l’augmentation observée des gaz à effet de serre émis par l’Homme. Le taux de certitude est supérieur à 90 %, contre 66 % en 2001 ».
  • 2013/2014 : « Le réchauffement global est sans équivoque. Depuis 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent sur plusieurs décennies à plusieurs millénaires. L’atmosphère et les océans se sont réchauffés, l’étendue et le volume de neige et de glace ont diminué et le niveau de la mer s’est élevé ».
  • 2021 : « Les humains sont “indiscutablement” responsables du réchauffement de la planète qui a gagné environ +1,1 °C depuis l’ère préindustrielle. Même les simulations les plus positives montrent qu’il est impossible de limiter le réchauffement climatique sous les 1.5 °C »

Quels grands mouvements idéologiques contre le changement climatique ?

     Mais alors, une fois le consensus établi et face à la conjoncture environnementale actuelle, quelles sont les solutions ? Nous établissons une liste non-exhaustive de trois approches environnementales distinguables :

  • La première est une approche technophile. Cette dernière mise sur des avancées technologiques importantes qui permettraient de lutter contre le réchauffement climatique, sous différents paradigmes. Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les solutions dites higt-tech (désalinisation d’eau de mer, énergies renouvelables, voitures électriques…), bien qu’utiles, restent néanmoins couteuses, difficilement démocratisable ; et doivent se compléter avec son antagoniste : la low-tech. Cette subdivision de l’approche technophile comprend des technologies considérées comme simples, accessibles, pérennes, efficientes et facilement déployables à grande échelle. On peut citer notamment les nombreux bénéfices des algues, l’utilisation du vélo comme substituts aux véhicules, la permaculture…

 

  • La seconde approche est celle de la décroissance. Elle est très vite critiquée de rétrograde ou non-progressiste, car ne nourrit pas le capitalisme environnant. Or, certains experts de l’énergie et du climat, comme Jean-Marc Jancovici précisent que cette décroissance, va, par la force des choses, arriver en occident ; si elle n’y est pas déjà, quand on met en perspective le fait que notre maigre croissance est financée par la dette, qui s’élève aujourd’hui à 2 700 milliards d’euros, et que les banques centrales ne cessent d’imprimer inexorablement de l’argent. En effet, Alfred Kammer, directeur du département Europe du FMI, a dit « Le ralentissement de la croissance est généralisé, et plus de la moitié des pays de la zone euro vont connaître une récession technique ». Selon leurs estimations, la France devait tabler sur une maigre croissance de +0.7% en 2023, contre -0.3% pour l’Allemagne.
  • Enfin, une dernière vision, et c’est celle que nous traiterons dans cette partie, serait de sortir collectivement et par le haut de cette situation. En effet, quoi de mieux qu’une coopération intergouvernementale qui lutte de manière conjointe contre une même problématique ? Voyons comment elle se décline…

II. Les Conferences of parties

     Introduisons le terme de conférences des parties (conference of parties, COP), qui désigne une série de conventions internationales prtant sur divers sujets environnementaux comme la diversité biologique, la lutte contre la désertification, et bien sûr, la lutte contre le changement climatique. Ces COP ont lieu tous les ans, dans des villes de pays différentes. Ainsi, chaque conférence donne lieu à un accord qui est plus ou moins signé par les pays. Nous en en reparlerons plus tard.
   Ainsi, certaines conférences sont considérées comme ayant eu plus de succès que d’autres. Faisons un bref tour d’horizon des différents accords passés entre les pays.

  • Le sommet de la terre de Rio de Janeiro : 1992

     Il s’agit d’une conférence organisée par les Nations Unies sur l’environnement et le développement. Elle a réuni 120 chefs d’État de 189 pays différents du 3 au 14 juin 1992. Elle a permis la signature de 27 principes, apparaissant dans la « Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement ». Ces principes ne sont pas restrictifs, mais donnent le contexte dans la lutte contre le réchauffement climatique, à une époque où les enjeux n’étaient pas connus de tous.
     Outre cette déclaration, d’autres documents sont issus de cette conférence, dont la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cette convention est le premier accord international visant à atténuer les effets du réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES). 

 

Elle instaure trois principes clés dans l’approche de la protection de l’environnement :

  • Le principe de précaution :
    • « Cette disposition expose que malgré l’absence de certitudes, à un moment donné, dues à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques en égard aux dommages potentiels immédiats et futurs sur l’environnement et la santé. »
  • Le principe de responsabilité communes mais différenciées
    • Principe juridique du droit international de l’environnement qui met en avant l’exploitation intense des ressources naturelles de certains pays afin de répondre à leurs besoins de développement
  • Principe du droit au développement
    • Article 1er : « […] tous les peuples ont le droit de participer et de contribuer à un développement économique, social, culturel et politique […] »

• COP 3 : Protocole de Kyoto (1997)

     Les accords de Kyoto visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce protocole est considéré comme la première grande réussite de la communauté internationale dans la lutte contre le réchauffement climatique. Toutefois, la mise en place de ces mesures restrictives, bien que plébiscités par beaucoup, ont été le théâtre de négociations révélatrices des intérêts de chacun. En effet, les négociations ont mis en avant quatre groupes distincts ayant des enjeux différents :

  • Le Carbon Club : Japon, Etats-Unis, canada, Australie, Nouvelle-Zélande, membres de l’OPEP, Russie, Norvège.
    • Cette coalition qui ne porte pas son nom plaidait pour réduire les mesures restrictives dans le but de conserver leurs avantages économiques.
  • L’UE, la plus active en matière de défense environnementale
  • Certains pays menacés par la montée des eaux : Pays-Bas, îles Kiribati…
  • Le G77 qui regroupe actuellement 130 pays en voie de développement

Pays du G77

     Ainsi, si on extrapole la situation, nous avons les deux premiers groupes, les pollueurs historiques, et les deux autres groupes, qui historiquement n’ont pas pollué (mais qui aujourd’hui polluent le plus) et qui sont pour certains directement impactés par la montée des eaux, désertification, sécheresse… (Cf. l’Indice Physique de Vulnérabilité face au Changement Climatique, voir ci-dessous).
Durant les négociations, les représentants du Carbon Club auraient fait pression sur les pays en développement, réclamant l’égalité des devoirs en matière d’adoption des quotas d’émission. Cependant, cette demande a paru disproportionnée pour des pays en voie d’industrialisation, venant de la part des pays historiquement majoritairement responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Mais alors, qu’ont donné ses négociations ?

 

     Le protocole de Kyoto est précurseur dans le sens où c’est le premier accord contraignant. En effet, les pays ayant ratifié l’accord s’engagent juridiquement à réduire d’au moins 5.2% leurs émissions de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, SF6, HFC, PFC) sur la période 2008-2012 par rapport à leur niveau de 1990. C’est d’ailleurs pour cette caractéristique que les États-Unis, le Canada et Taïwan ne l’ont pas signé. Ainsi, cela pose un biais majeur, qui a, en partie conditionné l’engagement de certains pays. Les obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre, autrement dit les quotas carbones, ne sont pas les mêmes pour tous les pays, car ils dépendent des missions passées. Cela a pour effet de ne pas contraindre le développement des pays les moins avancés. Par exemple, la Suède peut augmenter ses émissions de 4%, tandis que l’Allemagne et le Danemark devront les réduire considérablement (-21%). En raison de l’utilisation intensive de l’énergie nucléaire, la France devra maintenir ses émissions au niveau de 1990 en 2012.

     Aussi, l’accord final proposait des quotas de réduction d’émission revus à la baisse, avec une option prévoyant la revente de « droits d’émission » entre pays riches et pays du G 77 notamment (Cf. séquence Eviter, Réduire, Compenser). Ainsi, les notions de Mécanisme de Développement Propre (MDP) et de Mise en Œuvre Conjointe (MOC) ont été créés dans le protocole de Kyoto afin de permettre aux Occidentaux de réaliser leurs objectifs en investissant dans des projets de stockage de carbone (cf. mon travail sur les algues) dans les pays en développement. Notion de financiarisation de la protection de l’environnement. Ces projets permettent de générer des crédits d’émission de GES.

     Pour ce faire, il a fallu quantifier les émissions de CO2 de chaque pays. On utilise donc une unité : le crédit carbone. Il est égal à l’émission d’une tonne d’équivalent CO2. Ainsi, comme dit précédemment, les pays se sont, dans le cadre du protocole de Kyoto à baisser leurs émissions de CO2 d’au moins 5.2% par rapport à leur niveau de 1990. Cette manière de représenter les choses met en avant un biais majeur. Ils sont autorisés à dépasser ce seuil des 5.2%, à conditions qu’ils achètent les crédits carbones d’autres pays qui ne les utilisent pas. Donc, on finance les émissions, on ne les réduit pas ; on finance la croissance, on ne la transforme pas ; et on finance les pays, qui n’émettent pas.

Cours du carbone

 Ainsi, quand le président de la république française Emmanuel Macron dit “Ce que nous devons faire, c’est cet objectif d’un milliard d’arbres à la fin de la décennie”, c’est pour compenser les émissions. Ce qui est important à dire, c’est qu’avec ce concept, on n’est pas dans une optique de baisse des émissions, mais de compensation. C’est entre autres pour cette raison que certains acteurs se félicitent pour l’évolution de la surface forestière française. Cette évolution de la surface forestière n’est pas d’origine naturelle, mais bien artificielle, et est financée par des crédits carbone (cette logique de compensation carbone s’appliquant aussi aux entreprises), et n’a pour objectif d’être pérenne, mais bien de servir la production de papier, de carton, de bois de chauffage…

 Mais alors, quels sont les pays engagés dans cet accord, et comment ce dernier se met-il en place ?

Sur le GIF ci-dessous, vous pouvez voir l’évolution des pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto. Au 18 novembre 2005, 182 pays indépendants ont ratifié, accédé ou approuvé le protocole. Ainsi, seule Andorre, Taïwan, le Vatican et les USA n’ont pas signé cet accord. Il est important de noter que le Canada, ayant ratifié le protocole le 16 février 2005, s’est retiré le 12 décembre 2011. C’est aujourd’hui le seul pays à s’en être retiré.

     Tandis qu’on observe une accélération des traités internationaux de coopération internationale, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter, et ce de manière exponentielle. Alors que faire ? Dans le duel du juridico-politique contre le CO2 et ses amis, ces derniers semblent l’emporter. Le climat est une chose complexe, l’humain en est tout autant. La solution passe peut-être par l’information scientifique et géographique et la prise de conscience généralisée, des plus petits aux plus grands.

     La procédure de mise en vigueur du protocole de Kyoto est révélatrice des craintes qu’avaient le G77 sur l’implication des pays industrialisés. En effet, cette procédure est faite de la sorte que le protocole rentre en vigueur uniquement si les pays industrialisés ont signé l’accord. Le protocole est de droit seulement si :

  • Au moins 55 pays ratifient le traité (condition atteinte le 23 mai 2002)
  • Tous les pays de l’OCDE (sauf le Mexique et la Corée) émettent au moins 55% des émissions de CO2.
  • Une fois ces deux critères atteint, il faut attendre 90 jours après la ratification du 55ᵉ pays ratificateur (la Russie) pour son application nationale.
    Ainsi, l’entrée en vigueur pour les pays ayant ratifié le protocole au 18 novembre 2004 est intervenue le 16 février 2005. À noter qu’à cette date, 129 pays (Canada inclus) ont signé l’accord.

 


Quelles sont les limites de Kyoto ?

     Outre le fait que ce protocole n’engage que 37 pays industrialisés, il repose sur la mise en place par les États d’instruments fiscaux et réglementaires afin d’obliger les États à émettre moins d’équivalents CO2 sur leur territoire. Ainsi, ces mesures encouragent les délocalisations dans les pays en développement, ce qui de fait accroît les coûts de production et diminuent par conséquent la rentabilité des activités générant des GES. À travers le « marché » des droits d’émission que le protocole de Kyoto instaure, la perte de rentabilité sera accentuée.
     Compte tenu de la dépense supplémentaire liée à l’acquisition de droits d’émission, la quantité de production rentable pourrait être réduite. À l’avenir, ces droits pourraient devenir de plus en plus coûteux, étant donné que l’objectif du protocole est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Par conséquent, il est probable que la quantité de droits d’émission sera limitée afin d’augmenter le coût des technologies considérées comme polluantes.
     Il est évident que le protocole de Kyoto bouleverse nos modes de vie. Ayant un rôle contraignant pour l’économie productiviste, il pénalise les revenus des industries, et des consommateurs qui verront le prix des biens augmenter.

 

 

  • La COP 15 de Copenhague :

    Parmi les accords qui ont suivi, on peut noter l’accord de Copenhague en 2009, qui est le premier accord mondial sur le climat qui engage tous les pays, y compris les États-Unis et la Chine. Il établit un objectif de limitation de la hausse de la température mondiale à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels, et prévoit des financements pour aider les pays en développement à s’adapter aux effets du changement climatique.
    L’accord de Paris prévoit également des financements pour aider les pays les plus vulnérables à s’adapter au changement climatique.

 

 

  • La COP 21 de Paris :

    Enfin, l’accord de Paris (2015) est considéré comme une grande réussite dans le sens où c’est le premier accord qui est signé par tous les pays (sauf l’Iran, qui a juste approuvé son adhésion). L’objectif principal est de limiter la hausse de la température mondiale à 1.5 °C dans l’idéal, et sinon à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour ce faire, l’accord prévoit d’atteindre la neutralité carbone (équilibre entre les émissions de GES anthropique et leur retrait dans l’atmosphère par l’Homme) dans la seconde moitié du XXIᵉ siècle. Les pays signataires s’engagent à réduire leurs émissions de GES et à soumettre des rapports réguliers sur leurs progrès. Toutefois, ces accords ne contraignent pas juridiquement les pays à respecter leurs avances. Autrement dit, contrairement à Kyoto, les pays qui ne respectent pas leurs objectifs ne seront jamais sanctionnés.

Que prévoit l’accord de Paris ?

  • 1000 milliards de dollars seront utilisés pour investir dans les énergies propres (éoliennes et solaires)    
  • Les pays développés débloqueront chaque année 100 milliards de dollars à destination de leurs homologues en développement dès 2020 pour les aider dans leur transition. Ce montant est un plancher qui sera amené à augmenter par la suite
  • Une grande liberté est laissée aux participants sur la manière de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais oblige à une transparence dans le suivi des efforts qui sont faits
  • Les parties devront obligatoirement faire un bilan de leurs progrès en matière d’émission de gaz à effet de serre tous les 5 ans et donner leurs engagements pour la période suivante
  • L’accord ne sera pas entièrement contraignant juridiquement. Si les pays signataires doivent obligatoirement rendre des comptes sur leurs progrès, leurs objectifs individuels sont librement fixés sous forme d’engagements nationaux (NDC pour Nationally Determined Contributions) remis aux Nations Unies.

III. Les objectifs du millénaire pour le développement

 Pour voir en détail les objectifs du millénaire pour le développement, cliquez sur les cartes ci-dessous.

III. Les objectifs du millénaire pour le développement

     Ces derniers ont été adoptés en 2015, et ont pour but d’être réalisé en 2030. La différence notable entre cette politique et la précédente est déjà percevable dans leurs titres. L’objectif du premier est le développement « coûte que coûte », et ne comprend qu’un seul objectif environnemental (ensure environmental sustainability). De plus, ramener le « développement millénaire » à seulement huit objectifs est réducteur, et ne permet en aucun cas d’englober le problème dans sa globalité. Ainsi, les ODD rajoutent la dimension durable ou soutenable (sustainable).

 Le durable est un concept en vogue actuellement. Il met à l’amende les idées liées à la régression ou la décroissance. En effet, nous sommes dans une époque où le productivisme est roi, et où il faut garder la dynamique de croissance de la fin du XXᵉ siècle, en faisant fi des enjeux contemporains, sociaux et environnementaux. Ainsi, le développement durable (ou soutenable en anglais) est le concept qui réduit les « besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (INSEE) à trois sous-objectifs : sociaux, économiques et écologiques. On peut classer ces objectifs dans la tripartition durable en suivant le schéma ci-dessous. Ainsi, on voit que l’aspect social est surreprésenté, aux dépens des aspects économiques et environnementaux.

 Mais alors, comment quantifier l’état de développement durable des pays ?

En effet, le développement et son caractère durable sont des mots valises qui sont définis par énormément d’indicateurs en fonction du niveau de précision considéré. Nous avons donc procédé à la mise en place de notre indicateur synthétique qui permet de comparer les pays dans leur niveau de développement et dans son caractère durable. Ainsi, nous nous sommes basés sur des données issues d’OurWorldinData, et à la vue des objectifs définis, nous avons choisi trente-trois indicateurs/variables ; deux par objectifs, sauf pour l’objectif « Éducation de qualité » qui en a 3, et les objectifs « consommation et production responsable » et « partenariats pour la réalisation des objectifs » qui en ont un chacun. Vous retrouverez dans le tableau ci-dessous les indicateurs et variables utilisés. Pour avoir le tableau complet avec la source des variables, cliquez ici.

Note méthodologique :

DATA
Statistiques
R
Tableau Desktop

     Ces trente-trois indicateurs représentent le développement des pays et son caractère durable. Ainsi, on obtient des données ayant des ordres de grandeur différents et des unités différentes. Pour contrer ce biais, nous avons procédé au centrage-réduction des variables (x_i-moyenne)/(écart type). Aussi, une fois s’être affranchi des ordres de grandeurs et des unités différentes, il fallait s’assurer que les variables allaient dans le même sens : il faut que pour toutes les variables, l’augmentation de xi soit synonyme d’amélioration. Ainsi, nous avons multiplié xi par -1 pour les variables qui ne remplissaient pas cette condition. Ensuite, nous avons fait la jointure entre les trente-trois régions sur R. Conscient que les indicateurs n’ont pas le même intérêt, nous avons procédé à une étape de pondération en fonction de l’importance de ces derniers. Ainsi, nous avons fait ça en deux étapes, en mettant des coefficients globaux qui s’appliquent aux objectifs, et des coefficients locaux qui s’appliquent aux indicateurs. Vous trouverez les coefficients dans le tableau précédent.

 

Voici le résultat :

 Cette carte, dont la variable est un indicateur synthétique affranchi de toutes unités, nous permet uniquement de comparer les pays dans leurs développements et leurs caractères durables. En orange, les pays qui ont une valeur négative, donc en retard par rapport à la normale, et en bleu l’inverse. Ainsi, on voit bien le clivage Sud/Nord. En superposition à cette carte, la ligne Brandt. Ce modèle issu de l’ex-chancelier allemand Willy Brandt a été constitué en 1980. Ainsi, cette ligne ne collant pas parfaitement à notre indicateur montre bien l’évolution économique de certains pays, notamment la Chine, qui est était considérée par Brandt comme un pays des Suds, mais qui, depuis, est passé seconde puissance économique mondiale.

     Essayons de déterminer les limites de notre indicateur synthétique. Premièrement, certains indicateurs/variables n’ont de donnés pour tous les pays. Ainsi, sur les 33 indicateurs, chaque pays en a en moyenne 25. Vous pouvez voir dans la seconde page de la carte Tableau la représentation cartographique du nombre de variables utilisé par pays. Aussi, le panel de variable peut être amélioré. De plus, les pays les moins avancés, ceux qui nous intéressent, sont parfois ceux qui sont les moins représentés dans les variables. Enfin, les coefficients sont définis arbitrairement.

À retenir

Mais alors, toutes ces mesures de coopération internationales de lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement durable sont-elles vraiment une bénédiction pour les pays en développement ?

     Premièrement, vous voyez sur la carte ci-dessous l’indice physique de vulnérabilité face au changement climatique (IPVCC). Cette carte met en avant les pays les plus touchés par le changement climatique, en prenant en compte les indicateurs physiques suivants : l’augmentation de l’aridité, les inondations liées à la montée des eaux ou à la fonte de glaciers, les précipitations, la température et les tempêtes. Ainsi, à l’aide de ses variables, nous obtenons un indicateur synthétique nommé IPVCC qui montre que les zones géographiques les plus touchées par le changement climatique se situent principalement dans la zone intertropicale. Cette zone est caractérisée par une forte concentration des pays en développement. Sur la slide n°2 de la visualisation Tableau, vous avez la classification de la richesse des pays en fonction du revenu individuels médian.

J’en profite pour vous monter nos magnifiques simulations sur la montée des eaux dans différents endroits dans le monde :

Pour rappel, le GIEC, prévoit, selon le scénario RCP 8.5 une augmentation du niveau de la mer à 5 mètres en 2300, et entre 30 et 60 cm en 2100 si l’accord de Paris est respecté.

      Ainsi, on voit bien que ce sont les pays pauvres qui sont le plus impactées par ce changement climatique. Mais alors, qui est responsable de cette dynamique climatique ? La courbe ci-dessous est éclairante. En effet, on voit que les pollueurs historiques sont bien les États-Unis et l’Europe, et que la France à une part de responsabilité minime. Toutefois. Pour lutter contre le réchauffement climatique, il est bien sûr important de regarder le passé, mais aussi de se tourner vers l’avenir, et de se rendre compte des dynamiques en cours. On observe bien que les pays occidentaux ont eu leurs pics d’émissions de CO2 dans les années 1980-2000, ce qui ne traduit pas une bonne santé économique (cf. la courbe « Corrélation entre entre PIB et consommation d’énergie » ci-dessous). À l’inverse, on observe le dynamisme sans précédent de l’Inde, mais aussi, et surtout, de la Chine, dont la courbe est exponentielle.

 Et les émissions importées dans tout ça ?


On oppose deux manières de compter les émissions de GES. Premièrement, on peut compter les GES émis sur le « polygone Chine », autrement dit, sur le territoire chinois. C’est le cas de la courbe ci-dessus. La seconde façon de compter les émissions est de les compter en fonction de la consommation. Ainsi, il faut mettre en avant deux points importants :

  • Bien que certaines des industries françaises se soient délocalisées en Chine, on constate que la courbe des émissions française de CO2, avant les étapes de délocalisation et désindustrialisation restait de l’ordre du résidu par rapport à celle de l’union européenne (27), et plus encore par rapport à celle des USA.​
  • Les ex-pays en développement comme la Chine ou l’Inde ont aujourd’hui les moyens se lancer dans les énergies classifiées « bas-carbone » : le nucléaire, et les énergies renouvelables. Ces pays doivent être responsables de leurs émissions. Cela est très important, surtout quand on met en perspective le fait que ce sont des pays :
    • Très nombreux (1.4 milliard d’habitants pour l’Inde, et la Chine)
    • Très industriels
  • Ayant une grande partie de leur mix énergétique composé d’énergies fossiles (78% pour l’Inde, 67% pour la Chine)

 

Existe-t-il une autre manière de quantifier les émissions des pays ?

     Oui. L’indicateur « émissions de consommation » permet de compter les émissions des biens consommés à l’intérieur d’un territoire, qu’ils aient été fabriqués sur celui-ci, ou ailleurs. On parle ici de l’empreinte carbone d’une activité ou d’un bien. On s’affranchit alors des biais statistiques liés à la délocalisation des industries. Ainsi, vous voyez sur le graphique ci-dessous les dix pays ayant les émissions de consommation les plus élevées. On retrouve les trois premiers pays émetteurs de CO2. La France est classée 17e.
     De plus, si vous cliquez sur la flèche en haut à droite du graphique, vous voyez les dix pays ayant les émissions de consommation par personnes les plus élevées. Ici, seuls des petits pays, des monarchies pétrolières et les États-Unis sont représentés.

     Seulement voilà, l’énergie consommée, c’est le PIB. Alors, comment peut-on, quand on est la deuxième plus grande puissance mondiale ou un pays en développement, se passer de ces sources d’énergies si efficaces ? (pétrole, charbon, gaz)

Mais alors, une fois avoir fait ce tour d’horizon des causes et des conséquences, l’occident est-il légitime dans cette lutte ?

Deux visions s’opposent…

  • Alors oui, les pays occidentaux ne seraient, selon ce premier point de vue, pas légitimes de lutter contre le mal développement. Certains mettent en avant le fait qu’il n’est plus temps pour l’occident de « donner des leçons » et des directives aux autres pays. En effet, l’hégémonie occidentale (ou américaine) n’est plus. Depuis 2020, la contribution des BRICS au PIB mondial est devenue supérieur à la contribution des pays du G7.
  • De l’autre côté, l’occident, et plus particulièrement l’Europe, sont factuellement parmi les pays développés les plus sensibilisés, et les moins émetteurs. Ce sont aussi les pays les plus en avance juridiquement parlant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Aussi, ce sont bien les pays occidentaux qui contribuent le plus à l’aide publique développement (APD). Les principaux donateurs restent les États du G7, (76% de l’APD totale) : États-Unis (35,3 Md$), Allemagne (24,7 Md$), Royaume-Uni (17,9 Md$), Japon (11,5 Md$) et France (11,4 Md$). Avec 56% de l’aide totale, les pays de l’Union européenne apportent plus de la moitié de l’aide mondiale. Aussi, nous l’avons vu, ce n’est plus l’occident qui pollue le plus aujourd’hui (et encore moins la France).

 

Enfin, on peut résumer la situation avec le graphique ci-dessous :

     Tandis qu’on observe une accélération des traités internationaux de coopération internationale, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter, et ce de manière exponentielle. Alors que faire ? Dans le duel du juridico-politique contre le CO2 et ses amis, ces derniers semblent l’emporter. Le climat est une chose complexe, l’humain en est tout autant. La solution passe peut-être par l’information scientifique et géographique et la prise de conscience généralisée, des plus petits aux plus grands.

Nicolas, Tia et Yoan

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