Dans le cadre de notre matière « Méthodologie de l’enquête en géographie », nous devions réaliser une enquête en groupe, et afin de rédiger un rapport. Cette enquête porte sur le risque d’inondation de l’île de la Barthelasse. Afin de récolter l’avis et les connaissances populaires, nous avons élaborés un questionnaire en ligne. Même si l’enquête est terminée, vous pouvez toujours y répondre via le lien ci-dessous, ou via le QR-Code ci-contre.
Cette enquête qualitative à durée quatre mois, et a mobilisée plus de 230 personnes, ce qui légitime les conclusions de ce rapport, le voici :
Table des matières :
I. Contexte et enjeux 4
II. Méthodologie, analyse et interprétation : 5
Méthodologie : 5
L’interprétation des résultats : 7
Conclusion de l’analyse : 19
III. Solution : 20
IV. Conclusion : 21
V. Bibliographie : 22
Dans le sud de la France, en région Sud-PACA, la ville d’Avignon, bordée par la Durance au Sud et le Rhône, au Nord-Ouest est depuis toujours sujette au risque d’inondation. Le Rhône a un débit moyen d’environ 1 700 m3/sec. Toutefois, son bassin versant de quasiment 100 000 Km² peut fournir un surplus d’eau causées par de potentielles pluies abondantes, ainsi que la fonte des neiges en amont, comme ça été le cas lors de l’inondation de 2003 où la période de retour est estimée à 50 ans, et où le débit s’est élevé à 12 5000 m3/sec à Beaucaire (x7,3). L’île de la Barthelasse a une superficie de 9,8 km², et héberge 1000 habitants. Elle est étendue sur trois villes : Avignon, Villeneuve-lès-Avignon et Sauveterre. Se trouvant qu’à quelques mètres au-dessus du Rhône, la Barthelasse et ses alentours ont déjà été plusieurs fois inondés : les dates importantes à retenir sont celle de 1856, 1993-94 ainsi que 2002-2003. Ces inondations à répétitions ont posé la question de l’aménagement du territoire local, dans une optique de protection des activités économiques locales. À noter que l’Île de la Barthelasse est utilisée comme une “zone tampon”, qui, en cas d’inondation, est censée protéger Avignon en se laissant “volontairement” inonder, et en absorbant une partie du surplus d’eau. Nous y reviendrons.
Étant en Licence Géographie – Aménagements du Territoire, c’est tout naturellement que nous avons décidé de réaliser une enquête sur le sujet afin de comprendre les enjeux de cette zone, mais aussi de voir comment la commune doit adapter sa politique d’aménagement afin de protéger l’île, la ville d’Avignon et ses environs des futures inondations. Notre enquête s’est appuyée sur des recherches au près d’articles scientifiques, mais aussi par de la consultation sociale par le biais de questionnaires diffusés à l’aide de liens, de flyers, réseaux sociaux (…), où nous avons récolté plus de 220 réponses venantes de personnes de tous horizons. Certaines personnes nous ont aussi fait part de leurs vécus lors de ces inondations. L’objectif principal est de comprendre le fonctionnement et les aides mises en place pour les habitants touchés lors de ces inondations et de savoir si les habitants de la Barthelasse se sentent en sécurité.
La question se pose donc ainsi, en quoi le Rhône et ses inondations sont-ils régulateurs des politiques d’aménagements et de la vie locale de l’île de la Barthelasse ?
Pour répondre à cette question, nous avons choisi de faire un plan en trois parties, la première étant sur les contextes et enjeux du risque inondation auxquelles sont confrontée l’île de la Barthelasse et l’île piot et quels en sont ces délimitations spatiales, ensuite la méthodologie et l’interprétation de l’enquête et pour finir quels sont les solutions envisagées.
L’île de la Barthelasse, et sa partie sud qui correspond à l’Île Piot sont sujets à des risques d’inondations qui sont importants et dépendent de la situation climatique et hydrologique en amont d’Avignon. En effet, le Rhône est un fleuve assez conséquent de par sa taille et le nombre d’affluents qui l’alimentent. Ainsi, la vallée du Rhône et notamment la Barthelasse peuvent être affectés par des variations positives ou négatives du niveau de l’eau. Alors si une arrivée d’eau est plus importante que la norme au niveau de la source ou des affluents, des répercussions se feront ressentir, même si leurs effets seront atténués par la présence de barrages. Le Rhône est un fleuve majeur en France, qui prend sa source en Suisse dans le glacier du Furka dans le canton de valais. Le cours d’eau s’étend sur une longueur de 814 km et comprend 119 affluents dont des ruisseaux, des rivières et un canal, à Sète. De plus, il compte de nombreuses infrastructures aménagées par l’Homme comme des barrages, des écluses, le canal Rhin-Rhône… Le fleuve sert aussi au refroidissement des centrales nucléaires qui sont au nombre de cinq. À présent, intéressons-nous au secteur de la Barthelasse, et aux enjeux que suscitent sa proximité avec le Rhône. Tout d’abord il est important de savoir que l’île sert de zone tampon. Elle est utilisée par la municipalité d’Avignon pour protéger les deux côtés de la rive et d’empêcher l’arrivée de l’eau au niveau des remparts d’Avignon. Il s’agit aussi d’empêcher l’inondation du réseau routier très important qui se trouve aux bords du fleuve. L’autre intérêt est d’empêcher l’infiltration de l’eau dans le centre historique de la ville qui est délimitée par les remparts. De ce fait, les habitants de la Barthelasse sont régulièrement confrontés à des inondations, la politique mise en place est assez inégalitaire car elle met en péril les infrastructures et les habitants de ce quartier d’Avignon. Cette zone appartenant au Grand Avignon possède une faible densité urbaine, mais dénombre tout de même près d’un millier d’habitants annuel et bien plus en période estivale. Alors qu’une grande partie de l’île est naturelle et agricole d’autres activités économiques s’y sont développées. En effet, l’île est dotée d’au moins quatre campings (camping du pont d’Avignon, camping auberge bagatelle pavillon bleu, camping les deux Rhône, camping des libertés etc.), de lieux de loisirs (piscine, paintball, mini-golf) d’une offre hôtelière assez considérable (hôtels, chambres d’hôtes) de nombreux restaurants et d’une distillerie importante pour les alentours.
L’île de la Barthelasse représente donc un important enjeu, à la fois pour son activité économique, mais aussi pour sa proximité avec Avignon qui polarise des touristes du monde entier. L’enjeu pour la sauvegarde de ces îles est donc primordial à la fois pour sauver une faune et flore massive se situant à deux pas d’une importante agglomération. De plus, cette île incarne une importante activité économique en plus d’une population grandissante. Pourtant, cet îlot vert a tout de même subi d’importantes crues du Rhône : en 1856 ; 1993-94 ; 2002 et décembre 2003 qui ont marqué les esprits, poussant certains habitants à quitter l’île. La crue de 2003, qualifiée de centennale, a alors abouti à plusieurs mesures de protection pour éviter un nouvel événement de cette ampleur. Tout d’abord, c’est après ce débordement que le plan Rhône est entré en vigueur. Un projet a été élaboré pour protéger la Barthelasse et piot. Le coût que ce programme s’élève à 13, 2 millions d’euros pour les deux îles, soit 8,5 millions de la Barthelasse, 3,5 millions pour l’île Piot et 1,2 million pour le quai des Allemands (partie du quai du Rhône en face du pont célèbre pont St-Bénezet).
Selon le dictionnaire Larousse, une « enquête est un ensemble de recherches […] destinées à faire la lumière sur quelque chose ». Il existe trois types d’enquêtes, qui ont toutes pour objectifs « la compréhension des phénomènes de société tels que les comportements, les systèmes relationnels, les comportements de consommation, les attitudes et les opinions, etc. » (Damien Serre).
Les enquêtes quantitatives sont le premier type d’enquête. Ces dernières reposent sur l’étude de chiffres, de statistiques (évolution, échelle multiscalaire…). Leurs objectifs sont de transformer les données en informations, et les informations en thèses. L’exemple d’une enquête quantitative pourrait être l’étude des intentions de votes lors d’une élection présidentielle, d’un point de vue spatial, ou social par exemple.
L’enquête d’observation directe et participative consiste à mettre en commun des connaissances, en réunissant des experts, des citoyens et des leaders d’opinion (mouvement social, syndicat, politiques, chefs d’entreprises…), afin d’échanger les idées, et, à terme, de changer sa vision des choses, ou de prendre des décisions, si elles sont jugées utiles.
Enfin, le troisième type d’enquête peut être réalisé avec une approche qualitative. Ce type d’enquêtes vise la compréhension des phénomènes à travers l’observation d’aspects qualitatifs. La récolte de ses informations peut être faite en écoutant les avis, les opinions, les expériences vécues, et ce, à l’aide d’entretiens individuels, collectifs, dirigés ou semi-directifs. Notre enquête ayant pour but la récolte des connaissances et des habitudes populaires, des aménagements locaux, nous avons choisi cette typologie d’enquête.
Afin de récolter ces avis si précieux, nous avons, dans un premier temps, décidé d’établir un entretien semi-dirigé auprès d’experts du Rhône et de ses enjeux. Nous avons essayé de trouver les contacts d’acteurs politiques, comme Joanne TEXTORIS, qui est déléguée à la ville jardin, aux projets de jardins partagés et de parcs naturels urbains (Barthelasse et Confluence). Nous avons aussi échangé avec des responsables de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), qui, après plusieurs mails, ont fini par nous avouer qu’ils n’avaient pas la compétence des inondations, et nous ont conseillés de nous rapprocher du Grand Avignon. Ces derniers ne nous ont tout simplement pas répondu, et ce, après plusieurs relances. Enfin, nous avons contacté Jean-Pierre Cervantes, ancien candidat aux municipales d’Avignon, qui fait partie de l’opposition, puisqu’il appartient au parti d’EELV. De plus, il habite à l’Île de la Barthelasse. Il est donc directement concerné par ce risque-là, mais étant écologistes, nous pensons qu’il aurait un avis intéressant, puisque nuancé entre ses intérêts personnels et la cause écologique.
En effet, ce type de démarche n’ayant pas eu l’effet escompté, nous avons décidé de réaliser un questionnaire en ligne, type Google Form. Un des principes clé de ce type de questionnaire est de rester totalement anonyme. Nous avons donc procédé à une anonymisation des questions, afin de rassurer les personnes interrogées, qui, étant sûr de ne pas être identifié, pouvaient répondre librement sans avoir peur d’être jugé.
L’objectif de cette enquête est de :
Lors de la réalisation du questionnaire, nous avons été confrontés à une question : Doit-on procéder à la réalisation d’échantillon représentatif de la population ? On s’est donc demandé si ces quotas devaient être réalisés à l’échelle de la France (représentatifs de la population française), ou à l’échelle d’Avignon, ou du Gard, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, ou plus simplement à l’échelle de la Barthelasse. En effet, il est évident que la population de la Barthelasse n’est pas la même que celle d’Avignon, et celle d’Avignon n’est pas la même que celle du Gard (ect). Si nous choisissons cette méthode, cela impliquer de réduire notre public, et donc le nombre de nos réponses, étant donné que nos moyens sont limités.
C’est pour toutes ces raisons que nous avons choisi de diffuser ce questionnaire au plus grand nombre possible, en appliquant la loi statistique des grands nombres, qui dit : « lorsque l’on fait un tirage aléatoire dans une série de grande taille, plus on augmente la taille de l’échantillon, plus les caractéristiques statistiques du tirage (l’échantillon) se rapprochent des caractéristiques statistiques de la population ». Autrement dit, la fiabilité et la légitimité de notre questionnaire augmentera avec le nombre de réponses.
La méthode de diffusion du questionnaire à fait l’objet de nombreuses réflexions. En effet, partant du principe que la loi évoquée ci-dessus est juste, nous nous sommes donc fixés comme objectifs de toucher le plus grand nombre personnes avec notre questionnaire, en mettant en place les moyens suivants :
Voici la répartition du nombre de réponses qu’a apporté chaque moyen de diffusion.
Ce questionnaire est découpé en trois parties. La première partie consiste à établir « le talon ». Ce terme désigne la sociologie, leur lien avec l’objet de l’enquête (ici le risque d’inondation) …
À noter que lors des citations, nous avons juste copié-collé le texte, sans corriger les potentielles fautes d’orthographe et de syntaxe.
La partie interprétation est le cœur même d’une enquête, elle est sa raison d’être. Nous allons donc procéder à l’analyse des résultats, et commenter les réponses aux questions (qu’elles soient qualitatives ou quantitatives) une par unes, en faisant des rapprochements entre les questions, mais aussi en intégrant la réponse dans son contexte sociétal. Des visuels aideront à synthétiser la tendance pour les réponses quantitatives.
Il permet de mieux cerner le public cible. Il permet aussi de conjecturer le pourcentage de personnes qui possèdent une maison : si on part du principe qu’à partir de 20 ans, un individu vit de manière indépendante (propriétaire ou locataire). En effet, une personne propriétaire ou locatrice d’un bien, sera plus sensible à sa conservation, et se sentira donc plus concerné par le risque qu’une personne qui vit chez ses parents. Pour avoir des classes d’effectifs égaux, nous avons mis des bornes de 20 ans : 19 ou moins, 20-39, 40-59, 60-79, 80 ans et +.
D’une manière générale, la pertinence du commentaire augmente avec l’âge. En effet, les personnes qui ont plus de 40 ans, ont un certain vécu, puisque pour la plupart, ils étaient contemporains des faits lors des inondations de 1993-1994 et 2002-2003. Aussi, de manière générale, si sur le tableau Excel on classe les réponses par âge, on voit que la pertinence et la taille du commentaire augmente avec l’âge. Cependant, cette catégorie de personne, ne représente que 34% des personnes interrogées.
Connaître le lieu de vie de l’interrogé permet de savoir si la personne est sujette au risque d’inondation, qu’elle soit rhodanienne, ou non. En effet, cette question fermée avait cinq réponses possibles à la question « Où habitez-vous ? » :
Cette question permet de corréler l’argumentaire au lieu de vie, ce qui, nous le verrons, est fort intéressant. En effet, d’une manière générale, les personnes directement concernées par ce risque ont des argumentaires plus aboutis qualitativement et quantitativement.
Aussi, cette même question a été demandée à l’échelle communale. On y voit que la grande majorité des répondants habitent à Avignon, et à la Barthelasse. Par ailleurs, il est important de remarque la grande étendue de ce questionnaire dans les villes et villages, puisque ce n’est pas moins de 17 communes qui sont représentées. À noter que cette question n’est pas obligatoire, si bien qu’il n’y a eu que 74 réponses sur les 223 répondants, soit le tiers des répondants. On peut donc conjecturer le fait que le nombre de communes touchées est bien plus grand (peut être trois fois plus).
Cette question fermée avait deux solutions : Oui ou non. Elle était obligatoire. Lors de la phase d’analyse des résultats, nous sommes réellement surpris par la proportion de réponses « oui ». En effet, un tiers de la population étudié à subit une inondation. Ce chiffre-là est très certainement inférieur si on pose la question à l’ensemble de la population française. En effet, deux biais statistiques sont présents, et ne permettent pas de généraliser ce chiffre à l’ensemble de la population :
Aussi, étant donné la relative rareté des inondations, ce chiffre prouve que lorsqu’elles arrivent, elles touchent une grande partie de la population.
Outre les réponses amusantes, mais peu constructives (« laisser le bain couler », « de l’eau », « beaucoup d’eau »), cette question, à laquelle chacun pouvait répondre librement, témoigne de la gravité des inondations. En effet, beaucoup parlent des dégâts sur leurs biens (maisons, voiture) et leurs sources de revenus (agriculteurs). En voici quelques exemples :
Ces témoignages montrent que l’agriculture est une activité économique majeur à la Barthelasse, et que les exploitants sont soumis aux caprices du fleuve. Un exploitant précis qu’aujourd’hui, il est devenu impossible d’investir dans l’agriculture sur l’ile de la Barthelasse. En effet, on sait que les inondations ne sont pas de plus en plus fréquentes, mais de plus en plus grosses, et que ses impacts le sont aussi.
Ces témoignages montrent que les habitants de la Barthelasse sont habitués à ces inondations. En effet, certains ont le réflexe de regarder régulièrement Antibia ou Vigicrues. Ces systèmes ont permis à certains de s’organiser, de monter les meubles, de prévenir les autres, de se mettre à l’abri. Toutefois, selon certains, ces systèmes minimisent l’importance de ces crues, pour ne pas terrifier la population.
Cette question fermée a pour objectifs de mesurer la connaissance populaire des mesures mises en place réparation ou en prévention à une inondation. Nous voyons que près de la moitié (32%+14%=46%) des personnes ne connaissant pas une seule de ces mesures. Nous pouvons penser que ceux qui ne connaissant pas les mesures de protections sont des personnes qui ne sont pas concernées par les inondations ; il n’en n’est rien, puisque deux tiers d’entre elles sont directement concernées par ce problème. Pire, seulement 21% des personnes interrogées connaissent ces mesures-là. Ce sont ces personnes qui sauront le mieux réagir, les premières informées, et qui auront la capacité de s’organiser pour faire face du mieux possible à l’inondation.
Cette question a été posée uniquement aux personnes ayant répondu oui à la question précédente.
Le choix des réponses est très important. On sait qu’il faut un nombre de réponses pair, pour que les répondants ne mettent pas la réponse du milieu, qui est celle de la facilité, puisqu’elle est neutre. Nous avons donc choisi de mettre deux réponses positives et deux négatives. Cette question fermée avait donc quatre réponses possibles :
Ayant conscient que la question est orientée, puisque adressé aux personnes sujettes aux inondations, qui veulent toujours plus de protection, nous prendrons ces résultats avec des pincettes. En effet, seul 7% des répondants trouvent ses mesures très satisfaisantes. Toutefois, il faut noter que caractères indécis des répondants, qui n’ont pas des avis très tranchés, puisqu’ils choisissent à (42+23) 78% les deux réponses du milieu.
Ici, le résultat est sans appel, la population n’est pas assez informée des mesures prises en place lors d’une inondation, alors que selon le ministère de l’Ecologie, « Dix-sept millions d’habitants sont exposés à des débordements de cours d’eau et 1,4 million au risque de submersion marine ». En effet, seul 19% des personnes interrogées pensent que la population est suffisamment informée des mesures de protection mises en place.
À cette question, les répondants ne se sentent pas réellement en sécurité face aux inondations. En effet, même si le résultat est mitigé, 54% de ces derniers ne se sentent pas en sécurité. Une des explications peut être la non-information des mesures de protection des inondations qui participent surement au résultat mitigé.
D’une manière générale, les personnes ne pensent qu’elles ne sont pas assez informées. En effet, parmi les 106 réponses négatives (peu satisfaisant ou très insatisfaisant), 24 pensent qu’ils manquent d’infos :
Aussi, locaux se sentent abandonnés par les acteurs publics, si bien qu’ils ont l’impression que les inondations sont une fatalité auxquelles tous les habitants de la Barthelasse seront victimes un jour ou l’autre, comme en témoignent ses passages :
En effet, la question des digues est extrêmement compliquée, et est à l’origine d’un clivage marqué entre les habitants de la Barthelasse, et certains acteurs politiques et écologiques. En effet, les habitants de la Barthelasse prônent une rénovation et un entretien régulier des digues. Lors de l’inondation de 2003, c’était la digue Nord, qui avait cédé, créant une brèche qui laissa entrer massivement l’eau sur toute l’île. Déjà à l’époque, les locaux manifestaient pour obtenir le rehaussement de ses digues. Aujourd’hui, la majorité d’entre eux ne se sentent pas en sécurité, étant donné que les digues seraient, selon eux, en « piteux état ».
L’opposition, quant à elle, est principalement constituée de militants écologiques, qui n’habitent pour certains pas l’île de la Barthelasse. Parmi eux le collectif SOS Barthelasse milite pour l’abandon du projet en cours de discussion, qui consiste à rénover les digues. Leurs arguments sont que la construction de ces digues coûte non seulement beaucoup d’argent (entre 17 et 18 millions d’euros selon les sources), mais qu’elles ne respectent pas un des piliers du développement durable : l’environnement. En effet, l’abatage de 7 000 arbres compromettent la pérennité de la ripisylve, et du corridor vert protégé par Natura 2000. Natura 2000 est un système européen de protection de la nature et de la faune (faune et flore), qui applique le principe de continuité/corridor de la faune et la flore pour favoriser le déplacement des animaux, qu’ils soient migrateurs ou non.
Corridors bleus à continuité de l’eau, passes à poissons, système de seuils…
Corridors verts à continuité de la végétation et des animaux terrestres, afin de protéger leurs mobilités, et donc leur reproduction.
Ils disent aussi que pour la sécurité d’Avignon centre, l’île doit rester inondable. En effet, cette fameuse « zone tampon » qu’est la Barthelasse est censé absorber le surplus d’eau lors d’une inondation, et ce, au bénéfice d’Avignon, mais aussi des Angles et de Villeneuve-lez-Avignon.
Aussi, la dynamique d’artificialisation des sols, connue pour rendre les sols imperméables, et ce, de manière quasi irréversible, empêche le processus d’absorption de l’eau par le sol. En effet, bien que le coefficient d’emprise au sol soit relativement faible, c’est bien l’agriculture qui représente la quasi-totalité de la surface de l’île, comme le montre le PLU. Cette agriculture est souvent synonyme de la création des croutes de battances, qui sont dues aux passages répétés des engins agricoles sur les parcelles. Ces croutes de battances ou semelles de labour ont pour effet de tasser le sol, et de le rendre imperméable à l’eau.
Toutefois, les témoignages des personnes se sentant en sécurité sont bien différents de ceux qui ne s’y sentent pas. Beaucoup d’entre eux, sont des citadins qui habitent en ville, et qui font confiance en la technologie et aux moyens mis en place pour se protéger. Aussi, beaucoup d’entre eux n’ont jamais vécu d’inondations, ils ne se sentent donc que très peu concernés :
En outre, un employé de la CNR ayant répondu à notre questionnaire qualifie la sécurité de « Très importante » :
Nous voyons bien qu’il y a parmi les réponses évoquées ci-dessus deux types de personnes :
La question des digues, réclamée depuis le drame de 2003, où la digue avait cédé sous 13 000 m3 d’eau par secondes (débit moyen du Rhône à Beaucaire est de 1710 m3/s), a engendré un clivage marqué, entre habitants locaux et militants écologistes. Toutefois, la Commission d’Enquête Publique a émis un « avis favorable » au projet d’amélioration de la protection des îles contre les crues du Rhône. Selon Philippe Bruey, militant pour le projet du plan Rhône sur la Barthelasse, « Le Grand Avignon, qui pilote le projet, explique qu’il va pouvoir engager un programme de travaux le plus respectueux possible de l’environnement ».
Là aussi, quatre réponses sont possibles :
Ici, les réponses sont indécises, si bien qu’il est difficile de dégager une tendance globale, étant donné que 48% pensent que les autorités n’en font pas suffisamment, tandis que 52% pensent l’inverse.
D’une manière générale, on remarque ici encore que l’information ne passe pas entre les autorités compétente et les habitants. En effet, trentes témoignages affirment qu’ils ne se sentent pas informé du sujet, et donc pas concerné :
Selon un sondé, la mairie de Rauquemore met en place une campagne de sensibilisation. Résoudre le problème de l’ignorance des risque est des comportements à adopter en cas de crue :
Ce manque d’information se ressent aussi des commentaires de certains, qui « supposent » ou « pensent » que les autorités compétentes font bien leur travail. Ces gens-là se sentent la plupart du temps en sécurité, pensent que les autorités compétentes font bien ce qu’ils ont à faire. Toutefois, nous voyons que ceux-là sont aussi ceux qui ne sont pas directement concernés par ce risque. Aussi, on voit que ceux qui ont répondu « Très satisfaisant » sont généralement plus âges que ceux qui ont répondus « Très insatisfaisant ».
Toutefois, selon certains, les nombreuses mesures de prévention et de protection mises en place sont bien efficaces :
Toutefois, si on s’intéresse à la sociologie de ceux qui ont répondu « Très insatisfaisant », on s’apperçoit qu‘ils habitent pour 88% d’entre eux une zone inondable, et qu’ils sont plus âgées. Ces deux indicateurs laissent penser que ces gens sont plus sujets aux inondations de part leurs lieux de vie, et que leurs âges plus avancés montrent qu’ils ont plus de vécu ; leurs avis se reponsent donc sur une connaissance du sujet plus approfondie.
Bien que selon certain la CNR fait parfaitement son rôle ; à savoir d’aménager le Rhône, certains l’accusent de ne pas le draguer :
Le dragage consiste à l’évacuation des matériaux présents au fond d’un cours d’eau. Outre, les aspects écologiques néfastes, le dragague à pour effet de mieux conduire l’eau lors des crues. En effet, évacuer les métériaux augmenterait le volume du lit du Rhône, et permettrait de mieux absorber le potentiel surplus d’eau. Cependant, même si c’est bien la CNR qui a la compétence d’aménagement du Rhône, la « loi sur l’eau » de 1992, reconnaît l’eau comme un « patrimoine commun de la Nation ». Cela implique l’interdictiondu de « l’extraction de tous matériaux dans le lit mineur des fleuves », et interdit donc le dragage.
De plus, l’éternel clivage à propos des digues de la Barthelasse s’exprime encore dans cette question :
raisons politiques…combats de competences entre ville…region …etat …europe et plan rhone… resultat…20ans de re tard sur les travaux…. «
Dans ce cas là, il est intéressant de croiser les données, puisqu’a la question » Avez-vous déjà vécu une inondation ? », 33% ont répondu oui, tandis que 67% ont répondus non. On peut donc conjecturer le fait que les personnes ayant vécu une inondation mettent en place des mesures pour y remédier. En d’autre termes, les gens attendent d’être victimes d’une inondation pour s’en protéger personellement. Ça pose donc la question de la sensibilisation de la population, afin que chacun mettent en place ses mesures à l’échelle du foyer pour s’en prévenir.
Les moyens mis en place par les habitants de zones inondables sont individuels, limités, et servent uniquement de protection. En effet, beaucoup d’habitants ont pris soins de construire leur maison sur un racatis (monticule de terre), de surélever les meubles, d’acheter des batareaux (protections amovibles qui permettent d’empêcher l’eau de rentrer par une porte par exemple) et de mettre les pièces à vivres à l’étage. Il faut aussi couper l’électricité, mettre en hauteurs les produits polluants (pesticides des agriculteurs). L’achat de bateaux à moteurs, de groupes électrogènes et de pompes suffisemment puissantes est aussi recommandé par les sondés. Il faut aussi éviter les murs de clôtures qui empêchent l’eau de s’évacuer, et qui, de toute manière, se détruirons lors d’une crue comme celle de 2003.
Là aussi, les résultats sont quasiment les mêmes : on peut émettre l’hypothèse que les personnes concernées par les inondations pensent qu’il est prudent d’en prendre, tandis que ceux qui ne le sont pas pensent que ce n’est pas important.
Enfin, nous l’avons vu, les réponses sont binaires. En effet, on peut constater deux groupes de personnes distincts : les personnes sujettes aux inondations, et celles qui ne le sont pas.
D’une manière générale, on remarque une certaine crédulité des personnes non concernées par les inondations ; nous avons vu que ces comportements candides sont liés au manque d’information omniprésent. En effet, selon le ministère de l’écologie, seul 4% de la population française est menacé par les inondations, ce qui explique la relative absence de ce risque dans les débats sociétaux. Cette crédulité, implique des avis sur les mesures de protection mises en place contre les inondations relativement positives avec une pointe d’indécision. Toutefois, nous avons vu que l’avis des personnes concernées est aux antipodes.
En effet, étant directement concerné par ce risque, ces personnes ont beaucoup de choses à dire, et cela s’est vu dans la taille de leurs commentaires, puisque les personnes concernées ont écrit dans leurs réponses qualitatives en moyenne 553 caractères, tandis que ceux qui ne le sont pas, écrivent en moyenne 175. Dans ces commentaires, l’incessante question des digues revient souvent, étant donné que le mot revient 51 fois. De plus, ils estiment qu’elles sont le seul moyen efficace pour lutter contre les inondations, même si certains le disent : » Vivre sur la Barthelasse c’est vivre avec le risque des crus « . Toutefois, les habitants de la Barthelasse estiment que les digues déjà en place sont trop « érodées », et ne résisteraient pas à une nouvelle inondation. Ils militent donc pour la rénovation et/ou construction de nouvelles digues. Toutefois, il y a un clivage à trois facettes qui oppose les locaux, les militants écologistes, et la force politico-financière. En effet, tandis que les locaux demandent de nouvelles digues, les écologistes comme S.O.S. Barthelasse expriment leurs désaccords pour des raisons environnementales. Effectivement, ces gens précisent que la construction et/ou la rénovation des digues provoquerait « l’anéantissement […] de la ripisylve », ferait disparaître le corridor vert protégé par Natura 2000 à cause du potentiel abattage de 7 000 arbres, et coûterais entre 17 et 18 millions d’euros au contribuable. C’est pour cette raison que la force politico-financière tente de faire l’oreille sourde au sujet des digues, pour ne pas avoir à dépenser l’argent. Toutefois, la Commission d’Enquête Publique a émis un avis favorable à la construction « projet d’amélioration de la protection des îles contre les crues du Rhône ». Les premiers travaux seront réalisés sur le Quai des Allemands en 2023.
L’objectif d’éviter des potentiels dégâts, trop d’importants. Malheureusement, le risque d’inondation ne reste qu’au second plan des occupations de la force politico-financière, étant donné que l’île de la Barthelasse est considérée comme une « zone tampon », qui permet lors de crue trop importante d’éviter que la zone rhodanienne locale ne soit trop inondée. Au-delà de l’aspect financier, certains projets font face à une opposition conséquente de la part de militants écologique qui lancent des pétitions pour lutter contre des « Fausses bonnes idées ». Pour illustrer ce propos, nous pouvons prendre le projet de digue qui avait été envisagé sur plusieurs kilomètres de la rive Est de la Barthelasse, qui en vérité aurait pu créer plus de problème qu’il n’en résout, étant donné que les ripisylves rhodaniennes sont classées Natura 2000, leurs corridors bleus et verts abritent plusieurs espèces protégées. En effet, ce programme européen implique une forte valeur patrimoniale et limite les aménagements artificiels qui causeraient des dégâts sur la biodiversité locale.
Néanmoins, outre les digues, d’autres solutions sont aussi envisagées telles que la valorisation et la remise en état de zones humides considérées comme des zones tampons, si bien qu’un hectare de zone humide peut stocker jusqu’à 15 000 m³ d’eau, ce qui représente un frein considérable à l’élévation du niveau de l’eau lors d’une inondation. Mais l’on pourrait aussi envisager la création de bassins de rétention. Malheureusement, il se trouve que la vallée du Rhône en général (la zone du Grand-Avignon ne fait pas exception) est déjà très artificialisée et les conséquences écologiques ainsi que le coût qu’auraient ces derniers s’avèrent trop importants pour être réalisé par la communauté de commune du Grand Avignon. Au vu des mesures relativement faibles des autorités, certains des habitants ont leurs propres solutions pour limiter les dégâts matériels, humain et économique. En effet, comme vu plutôt dans l’analyse des résultats, en passant par la surélévation du mobilier pour le protéger au maximum, chaque maison dispose d’un étage. Plusieurs personnes ont également pris soin d’acheter un bateau motorisé pour pouvoir évacuer l’île le cas échéant, si cela n’avait pas pu être fait plutôt. Ci-dessus, nous parlions des avancées techniques qui pourraient aller dans le sens d’une meilleure protection. En effet, les « waves bumpers » sont à l’origine un dispositif de protection amovible contre les inondations maritimes et créées en France. Étanche, son installation temporaire en prévision d’inondation fluviale permettrait de protéger l’Île de la Barthelasse de ce risque.
Enfin, si notre enquête qualitative a bien montré une chose, c’est que les mesures de protection de l’île restent trop faibles. En effet, malgré la mise en place de plans de protections, les dernières inondations marquantes montrent que l’île reste toujours sujette à ce risque-là. Toutefois, elle sait rester active avec des activités économiques majoritairement agricole et touristique, et avec une population attachée à son milieu, qui reste sur place malgré le risque omniprésent. Plusieurs solutions sont à développer, comme des digues de protection, un dragage de fond réalisé par la CNR qui, selon le point de vue, en aurait la compétence, ou par des campagnes de sensibilisation et d’information des milieux sociaux concernés. Malgré nos tentatives de joindre des professionnels du milieu, nous savons, grâce aux nombreuses réponses de notre questionnaire, que la population de la Barthelasse a globalement un sentiment d’insécurité de par les mesures mises en place, jugées insuffisantes. La population confrontée au risque a pu s’adapter avec des mesures individuelles pour limiter les dégâts. À l’inverse, les personnes qui ne sont pas dans cette zone à risque, pensent que les mesures sont assez adaptées, et sont souvent contre le renfort des digues, étant donné qu’ils préfèrent accorder de l’importance à la protection de l’environnement. Cependant, cette population pense que l’avènement de nouvelles technologies pourra conduire à des solutions afin protéger davantage la population. En effet, les progrès techniques dans le génie civil rendent les ouvrages de protection plus solides et durables, tandis que les progrès technologiques et scientifiques permettent une meilleure anticipation du phénomène.
Pour finir, nous pouvons nous questionner sur les conséquences du réchauffement climatique et son impact sur la montée des eaux. En effet, nous savons que le Rhône prend sa source dans les Alpes suisses. Nous savons aussi que le réchauffement climatique n’a pas pour effet d’augmenter la fréquence des crues, mais d’augmenter leur importance. Il paraît donc nécessaire d’augmenter la période de retour des constructions locales, tels que les habitations, lieux publics, ouvrages de protection, ponts… De plus nous pouvons nous demander quel serait l’avenir de l’île de la Barthelasse, dans ce contexte de dérèglement climatique ?