Le constat de l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre est indiscutable. L’enjeu de la géographie est désormais de comprendre cette hausse exponentielle de la concentration de gaz à effet de serre et surtout d’étudier spatialement les différences d’émissions. On va donc chercher à comprendre dans cette partie quels sont les pays qui ont pollué le plus historiquement et aujourd’hui, pour quelles raisons, et quels sont les secteurs qui libèrent le plus de GES dans le monde.
Tout d’abord, il est important de rappeler que l’Homme n’a pas attendu d’utiliser des énergies fossiles en masse pour émettre des gaz à effet de serre. En effet, dans le passé, l’agriculture, moins rentable qu’aujourd’hui, était très gourmande en espace, ce qui a nécessité une forte déforestation libérant du CO2. Cependant, ces émissions, minimes par rapport aux niveaux d’émissions actuels, n’ont pas eu d’impact visible sur le climat.
La planète a toujours connu des évolutions du climat, mais ce qui pose problème aujourd’hui c’est la rapidité de ce changement.
Or, comme nous avons commencé à l’évoquer, les territoires ne sont pas tous égaux dans leurs contributions aux émissions de gaz à effet de serre, ce qui signifie que certains subissent des changements du climat sans y avoir contribué, on parle alors d’externalités négatives.
Pour comprendre qui sont ces pays pollueurs, il est intéressant de comparer les niveaux d’émissions des polluants dans le temps et les événements historiques majeurs.
La troisième phase correspond à l’utilisation d’une nouvelle source d’énergie, le nucléaire et à l’émergence des technologies de l’information et de la communication, symbolisé par Internet. De nouveaux secteurs apparaissent alors.
Cette phase correspond avant tout à l’intensification de la consommation des ménages et de l’utilisation des énergies fossiles. C’est une période ou de nombreux pays commencent à se développer et à émettre, mais le graphique nous montre l’impact toujours majeur des premiers pays industrialisés.
En effet, les variations des émissions sur le graphique sont toujours très corrélées aux événements historiques des pays riches.
La vidéo ci-dessous est un focus sur le lien entre l’impérialisme colonial du XVIIIe au XXe siècle et l’industrialisation. Le but est de démontrer qu’historiquement, ce sont les pays du Nord qui ont commencé les premiers à émettre des polluants en s’industrialisant en exploitant les ressources des colonies.
Répondre à cette question revient à savoir lesquelles sont utilisées, dans quelles quantités, pour quels usages et quels gaz sont émis. Nous suivrons donc cette chronologie dans cette sous-partie.
Vous pouvez voir sur la visualisation ci-dessous le mix énergétique à l’échelle mondiale. Si vous cliquez sur une source d’énergie, vous pouvez voir, quel pays en consomme le plus. Ainsi, on voit dès le premier coup d’œil les trois plus grandes sources d’énergies : le pétrole, le charbon et le gaz.
Vous pouvez voir sur la courbe ci-dessous que, malgré la prise de conscience d’une partie de la population mondiale, ces trois énergies fossiles sont en constante augmentation. A l’inverse, les énergies renouvelables, sont, autant en valeur absolues que relatives, de l’ordre du résidu dans le mix énergétique global.
A l’échelle nationale, les choses sont radicalement différentes. Le mix énergétique français suit la répartition suivante. Cette répartition montre bien que le nucléaire occupe une place centrale dans notre société. Aussi, la consommation de pétrole, qui représente 30% du mix énergétique en France, est essentiellement dû aux déplacements des véhicules thermiques. Cependant, les choses restent bien différentes en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. En effet, contrairement au mix énergétique français, on retrouve dans les valeurs relatives l’omniprésence des trois sources d’énergies majeures (pétrole, charbon, gaz). Seule l’Amérique du Sud tire le quart de son énergie de la force hydraulique.
On voit aussi que la France, l’Afrique et l’Amérique du Sud émettent très peu par rapport à l’Asie.
À l’échelle de la planète, les plus grandes sources d’émissions de GES sont l’électricité, l’agriculture, l’industrie et les transports.
Cependant, si on précise davantage notre échelle d’étude, on se rend compte que tout le monde ne participe pas de la même manière à ces émissions.
Par secteurs, elles se distinguent selon le niveau de développement des pays. Cela est dû, entre autres, à l’accessibilité aux ressources et aux modes de vie qui sont totalement différents. Vivre dans un pays du Nord ou dans un pays en voie de développement signifie que l’on n’a pas le même type d’habitat, pas les mêmes trajets (distance, mode de transport,…), pas les mêmes habitudes d’alimentation, pas les mêmes consommations dans le secteur résidentiel (chauffage, cuisine etc),…
Les américains ont des consommations et des modes de vie qui impliquent environ 17 tonnes CO2 émis par personne. C’est 20 fois plus que pour un Africain !
Mais alors, comment sont réparties les émissions de GES par secteurs entre les pays du Nord et les pays du Sud ?
N’ayant pas accès à toutes les données souhaitées, nous nous focaliserons dans cette partie sur les secteurs du transport et de l’habitat (construction et consommation d’énergie résidentielle).
A l’échelle du monde, les GES émis par les transports augmentent toujours plus. Ils ont seulement connu une chute lors de la pandémie de 2020 du fait des restrictions mises en place. En 2021, elles ont repris leur croissance en augmentant de 8 % pour atteindre près de 7,7 Gt CO2.
Intuitivement, on se doute que les habitants des pays du Nord sont beaucoup plus mobiles que ceux des pays du Sud. Or des particules de dioxyde de carbone sont émises à chaque fois que de l’essence est brûlée par un moteur de voiture, à chaque fois qu’un avion décolle, … Ce qui suppose que les pays du Nord émettraient plus de GES dans le secteur du transport des pays du sud.
Pour comparer les pays du Nord et du Sud, focalisons-nous sur les trois transports les plus polluants : la voiture, l’avion et le bateau.
Les pays développés sont surreprésentés, ce qui implique sûrement plus de déplacements (fréquence, distance, etc).
Bien sûr, les émissions dues aux moteurs comptent. Pourtant, il y a d’autres éléments à prendre en compte également : la construction des véhicules par exemple. Les pays du Nord ont aussi plus de voitures électriques. Cela signifie-t-il qu’ils sont moins polluants ? Pas vraiment. Il faut être attentif, car il y a un biais dans cette réflexion. En effet, même si elles émettent moins de GES en circulant, ces voitures électriques sont critiquables du point de vue de leur construction (la fabrication de batteries en particulier émet du CO2).
D’ailleurs, on peut même aller plus loin et dire que cette construction est faite en grande partie dans les pays du Sud. Autrement dit, les émissions depuis les pays du Nord sont délocalisées vers les pays du Sud.
Les pays du Nord sont intensément connectés par les flux aériens. Ce sont donc dans les pays développés qu’il y a le plus de décollages et d’atterrissages.
Les pays du sud ont des flux moins marqués, certaines zones sont même quasiment isolées (une partie de l’Amérique du Sud et la majorité de l’Afrique).
Après avoir analysé le transport individuel, passons aux transports de marchandises.
Tout d’abord, il est important de rappeler que le transport de marchandises dans le monde, réalisé principalement par bateau (90 % des marchandises et 80 % de la valeur) est un secteur très polluant (3% des émissions de GES mondiales).
D’une part, parce que ces échanges représentent 10 milliards de tonnes de marchandises transportées en 2014 à travers le monde.
Ainsi, regarder les trafics de conteneurs dans les pays semble être un bon moyen de savoir quels sont les liens entre les pays producteurs et les pays consommateurs.
Aussi, vous voyez sur la carte ci-dessous, la répartition des émissions de CO2 (Kg) par carreaux de 10 km. On y voit bien les trois pôles économiques mondiaux : les États-Unis, l’Europe, et l’Asie (Chine, Inde, Japon). De plus, ce qui est frappant, c’est la surreprésentation des routes maritimes, secteur de pollution oublié qui représente 3% des émissions de CO2. Mais alors, à qui faut-il attribuer ces émissions ? À l’expéditeur ou au destinataire ?
Selon le mode de vie, on a des pratiques plus ou moins luxueuses, des habitudes plus ou moins énergivores. Est-ce qu’on consomme plus d’énergie pour la maison quand on est dans certains pays que dans d’autres ?
« Tous les humains émettent du CO2 mais certains contribuent plus que d’autres au changement climatique” ( GAPMINDER)
Voici pour les États-Unis et le Togo, à quoi ressemblent les maisons des familles ayant les revenus les plus faibles par mois dans le pays (d’après Dollar Street, au Togo le revenu minimum est de 45$ /mois et pour les États-Unis 604$ / mois).
Dès lors, il semble évident que les consommations de chacun seront radicalement différentes.
Pour aller plus loin, nous pouvons vous proposer de visiter le site Dollar street de Gapminder :
https://www.gapminder.org/dollar-street?countries=gh
La consommation énergétique participe aux émissions de GES. Elle se répartit entre l’éclairage et l’électroménager, le chauffage, l’eau chaude et la cuisson.
La consommation d’électricité des ménages a globalement augmenté dans le monde. Cependant, elle est quand même bien plus importante (en quantité par habitant) dans les pays du Nord que les pays du Sud comme on peut le voir sur la carte ci-dessous de la Banque Mondiale.
Certainement que, plus on est riche, plus on a d’appareils électroménagers, plus on dispose d’un logement spacieux qu’il faut chauffer, ainsi de suite… En somme, le confort dans les pays développés implique des consommations supplémentaires (cela comprend aussi la climatisation qui émet des gaz frigorigènes réchauffant l’atmosphère).
Peut-être qu’un facteur climatique entre en compte également puisque, les pays de l’hémisphère Nord ont globalement des températures moins élevées que ceux de l’hémisphère Sud. Ils pourraient donc avoir besoin de chauffer davantage leurs habitations.
Dans tous les cas, les pays développés ont commencé à consommer de l’électricité beaucoup plus tôt que les pays du Sud (qui ne commencent à augmenter qu’à partir des années 1970).
En plus de la quantité d’énergie consommée, le type d’énergie utilisé influence aussi les rejets de GES. Mais cela a déjà été développé dans la partie « II. Quelles sources d’énergies et en quelles proportions ? ».
Globalement, les pays du Nord ont commencé à consommer des énergies fossiles plus tôt. Mais au fur et à mesure que le temps passe, les pays en voie de développement augmentent leurs consommations tandis que certains pays développés les réduisent (France, Canada, pays nordiques,…).
Dans les pays du Sud, les énergies utilisées ont tendance à produire plus de GES. En effet, d’une part, ils utilisent en grande majorité des ressources fossiles (et elle augmente toujours). Cela est lié à une question d’accessibilité (prix, proximité,…). En réalité, s’ils veulent pouvoir se développer, ils n’ont pas vraiment d’autre choix que de se servir d’énergies fossiles.
D’autre part, les pays les plus pauvres tirent leur énergie en grande partie de la combustion de bois. Cela entraîne des rejets de CO2 et détruit les puits à carbone que sont les arbres.
Pour en savoir plus, on vous renvoie vers le GIEC et le guide « Recommandations en matière de bonnes pratiques pour le secteur de l’utilisation des terres, changements d’affectation des terres et foresterie »
Avec ces informations, on pourrait croire que les pays du Sud émettent tout simplement plus que les pays du Nord. Mais, encore une fois, l’analyse n’est pas si simple. Il est vrai que, si les pays développés font des efforts pour être « plus écolo », des éléments de leurs consommations ne sont pas non plus totalement « verts ». En effet, en un sens, ils ont les moyens de s’équiper de matériel couteux qui peut leur permettre de baisser leurs émissions (panneaux solaires, éoliennes, voitures électriques, bonne isolation, etc). Malgré ça, ils consomment en quantités monstrueuses, ce qui signifie que, même si elle est plus responsable qu’avant, elle a tout de même un impact important. En outre, il ne faut pas oublier que la plupart du matériel cité précédemment est construit dans les pays du Sud… On en vient donc à évoquer une question de délocalisation dans les émissions de GES. La réduction des émissions dans les pays du Nord est contrebalancée par une production polluante dans les pays du Sud.
En somme il semblerait que les pays du Nord consomment en plus grandes quantités, mais avec des conséquences « atténuées » grâce à une utilisation d’énergies moins polluantes et une délocalisation des émissions. Les pays du Sud eux, consomment de plus en plus, mais toujours avec des énergies fossiles majoritairement, et émettent aussi des émissions du fait de la délocalisation évoquée préalablement.
Pour cette partie, nous nous baserons sur le rapport du think tank « The Shift Project ». Ce groupe de réflexion est à l’initiative de Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions énergétiques et climatiques. Ce rapport intitulé « Les sources de nos émissions de GES, Les marges de manœuvre pour les réduire » a le mérite de faire un tour d’horizon en détail et de manière claire du gaz émis par les activités globales, et de les décliner en fonction de l’usage. Voyons tout cela…
Premièrement, vous voyez ci-contre que les trois quarts des gaz à effets de serre émis sont du CO2. Vient ensuite le méthane, le dioxyde d’azote et les gaz fluorés. Mais qu’est-ce qu’un gaz à effet de serre ? Pour qu’il y ait effet de serre, il faut que le rayonnement infrarouge lointain puisse être absorbé par l’atmosphère. Donc, pour qu’un gaz puisse absorber ces infrarouges, il faut qu’il soit composé d’au moins trois atomes dans sa molécule, ou deux atomes, à condition qu’ils soient différents. Ainsi, au même titre que le CO2, CH4, N2O et les gaz fluorés, l’eau, de composition H2O est bel et bien considéré comme un gaz à effet de serre.
Mais quels sont l’impact environnemental de ces énergies à l’échelle globale ? Pour répondre à cette question, nous avons fait les quatre cartes et graphiques suivants. Les trois premiers représentent les millions de tonnes équivalent CO2 émis par les trois énergies fossiles dominantes : le pétrole le charbon et le gaz, et sur la dernière les émissions territoriales d’équivalent CO2 par personnes.
De plus, la production d’électricité, représente une part significative des émissions de GES dans le monde. Mais alors, dans le contexte climatique actuel, quelle est la source d’énergie la plus écologiquement pertinente ? Vous voyez sur le graphique ci-contre les émissions liées à la production d’électricité en équivalent CO2 en gramme par kilowattheure d’énergie finale. Tandis que l’énergie la plus polluante est celle provenant des centrales à charbon, la moins polluante est celle provenant des centrales nucléaires. En effet, elle émet 176 fois moins d’équivalent CO2 par KW d’énergie finale. Les diverses énergies renouvelables, bien que polluant plus que le nucléaire, sont aussi bien placées. En effet, le solaire, énergie renouvelable la plus polluante, émet 24 fois moins que les centrales à charbon, mais sept fois plus que le nucléaire.