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La mondialisation expliquée par Le Thé

La plus vieille des boissons

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La mondialisation du thé est souvent associée à l’Angleterre, cette « boisson nationale », accompagnée avec un nuage de lait. Pourtant, vous n’êtes pas sans savoir qu’à l’origine le thé provient d’Asie !

     Mais alors, comment a-t-il fait pour se retrouver si loin de son lieu de naissance et pourquoi est-il devenu, aujourd’hui, si important dans des pays autres que la Chine ? Essayons de comprendre…

Le saviez-vous ?

Le thé vert ne représente que 20% de la consommation de thé dans le monde, et le thé noir c’est 80%.

I. De la découverte à la démocratisation

Le thé, une boisson exportée

     Il faut savoir que le thé est considéré comme le 1er vol industriel de l’Histoire. C’est Robert Fortune, botaniste anglais qui est contacté en 1848 par le conseil d’administration de la compagnie britannique des indes orientales.

     Il est chargé de trouver les meilleurs plants de thé et les meilleurs experts de sa fabrication, pour les amener en Inde. Le but du Royaume-Uni était, à la fois, de devenir moins dépendant de la production de thé chinoise, et de pouvoir acquérir une nouvelle forme de revenu puisque le thé avait une grande valeur ajoutée.

     Au 17ᵉ siècle, le thé était un produit de luxe au Royaume-Uni. La consommation de thé se développe à la cour royale d’Angleterre et cela devient un rituel pour l’aristocratie. Cette boisson est chère du fait de sa provenance lointaine. En plus de ce critère, on sait que de très importantes taxes ont été mises en place sur le thé. Une partie de l’économie anglaise reposait dessus. On dit qu’il y avait tellement de taxes que cela permettait de faire fonctionner la marine britannique pendant une année entière.

     En 1784, grâce à William Pitt le jeune (dit “ the younger”), premier ministre britannique, les taxes ont été supprimées. Cela permet donc aux classes moyennes et ouvrières de consommer également du thé.

     Dans les années 1830, il devient même commun chez les ouvriers puisqu’il aurait permis de combler en partie le manque de nourriture dû à des famines entre 1750 et 1840 (à cause de croissances démographiques rapides). L’apogée du commerce au Royaume-Uni est en 1820 avec plus de 18 000 tonnes d’exportation de thé chinois.

     On observe donc l’importance politique, sociale et économique du thé en Angleterre

     Les britanniques ayant réussi à récupérer des graines de thé et à les planter en Inde, peuvent dorénavant en importer en plus grandes quantités. Cette étape permet de démocratiser le produit.  La culture du thé s’est développée dans plusieurs autres pays au fil des années comme au Sri Lanka, ou encore au Kenya, ce qui nous amène donc à nous demander : quels sont les pays producteurs de thé aujourd’hui ?

Le saviez-vous ?

La compagnie des britanique des Indes orientales ou East India Company est fondée en 1600 par une charte royale de la Reine Elisabeth 1er. Elle serait la plus grande entreprise commerciale de l’Histoire et la plus puissante compagnie de son époque. Elle possédait sa propre armée, qui aurait compté plus de 200 000 hommes.

Compagnie des Indes Orientales
William Pitt le jeune (dit “ the younger”)
William Pitt le jeune (dit “ the younger”)

Le saviez-vous ?

Le Thé est à l’origine des guerres de l’opium. Aucun rapport, me direz-vous. Et bien si, le Royaume-Uni souhaitant conserver ses arrivages de thé, mais à la vue de sa balance commerciale déséquilibrée avec ses colonies, elle décide de faire des plantations d’opium en Inde pour les  vendre en Chine. Même si cela s’avère illégal, l’opium étant couramment fumé en Chine, les échanges fonction bien.  Cela déclenche à terme les guerres de l’opium (la première débute en 1839). La Chine est vaincue et le traité de Nankin en 1842 est imposé. Il permet au Royaume-Uni de récupérer cinq ports en Chine ainsi qu’Hong Kong.

II. Importations et exportations

Un produit expor-thé

     Ci-dessous, la carte de la production de feuilles de thé en tonnes par an et par pays. Les données proviennent de la FAO sur la période 1961 à 2020.

     Au fur et à mesure des années, de nouveaux pays producteurs s’ajoutent comme la Russie à partir de 1992, l’Éthiopie en 1993 et la Colombie en 1999.  Il y a aussi de « petits producteurs » (entre 0 et 50 mille tonnes par an) mais ces informations montrent tout de même un certain dynamisme dans la culture du thé.

La Chine

     En parallèle, certains pays voient leurs productions augmenter grandement au fil du temps. La Chine, par exemple, passe d’environ 97 mille tonnes en 1961 (d’après la FAO) à presque 3 millions de tonnes en 2020. La surface cultivée (ici exprimée en hectares) est de plus en plus importante elle aussi. On voit bien le point d’inflexion autour des années 2003 qui donne à la courbe de production des allures de fonction exponentielle.

     Pourquoi un tel changement ? On peut supposer que ce soit en lien avec l’ouverture de la Chine au reste du monde. En 2001, la Chine entre dans l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), peut-être que cela a contribué à augmenter les productions chinoises.

L'Inde

     L’Inde accroît également ses productions, mais sa courbe est un peu plus rectiligne que celle de la Chine. Elle augmente de manière assez régulière. Le maximum de sa production a été atteint en 2020 avec environ 1,4 million de tonnes de thé. Cela représente presque moitié moins que la production chinoise.

champs de thé chine

     Nous avons vu précédemment le rôle central qu’a joué l’Inde dans la démocratisation du thé. Elle a été le premier pays producteur pendant longtemps, mais dans les années 2000, elle est dépassée par la Chine.

 

     L’inde exporte majoritairement en Europe (Russie, Royaume-Uni, Allemagne,…) et du côté de la péninsule arabique (Émirats Arabes Unis, Iran,…). Une partie moins importante de la production est aussi vendue aux Etats-Unis. 

 

     Ces deux pays sont aujourd’hui les deux plus gros producteurs de thé. Toutefois, le troisième en liste peut paraître étonnant, puisqu’il s’agit du Kenya avec un peu plus d’un demi-million de tonnes produites en 2020.

     Nous avons vu précédemment le rôle central qu’a joué l’Inde dans la démocratisation du thé. Elle a été le premier pays producteur pendant longtemps, mais dans les années 2000, elle est dépassée par la Chine.

 

     L’inde exporte majoritairement en Europe (Russie, Royaume-Uni, Allemagne,…) et du côté de la péninsule arabique (Émirats Arabes Unis, Iran,…). Une partie moins importante de la production est aussi vendue aux Etats-Unis. 

Le Kenya

     Ses productions sont moins régulières que les deux pays précédents. On remarque son caractère volatile. Son rendement connaît une baisse globale entre la fin des années 2000 et aujourd’hui, tandis que la production augmente de manière générale.

     Le Kenya fut une colonie britannique de 1920 à 1963. À ce moment, la culture du thé y a été introduite par l’Anglais John Kerich vers 1925.

     Après 1963, avec son indépendance, le Kenya a développé sa production de thé. L’indépendance politique a emmené avec elle l’indépendance économique.

     Cette culture est également possible grâce à la situation géographique et au climat qui y est adapté : pluies fréquentes, températures chaudes.

La Russie

     Avant sa chute, on peut préciser que l’URSS était un producteur important avec un maximum de 156 000 tonnes en 1987. Par la suite, on voit un déclin significatif et brutal qui s’amorce et continue jusqu’en 1991. On peut supposer que certaines cultures sont restées en place sur le territoire et que la Russie a continué à produire du thé quelque temps. Mais si on met les courbes côtes à côtes, on se rend compte que la production a une tendance baissière, et stagne entre 0 et un peu plus de 1500 tonnes par an depuis 2009. Une des explications possibles serait les prix attractifs du thé chinois qui font concurrence à la production russe.

 

Lecture du graphique : Les surfaces récoltées de l’URSS et de la Russie sont représentées sur l’axe y de gauche, tandis que la production des deux entités sur l’axe de droite.

Pourquoi produire plus de thé ?

     On augmente la production et les surfaces cultivées puisque, de nos jours, la demande est de plus en plus forte. Elle est de plus en plus forte, oui, mais dans certaines parties du monde en particulier. D’après l’Atlas of Economic Complexity, ce sont, l’Europe, l’Afrique et l’Asie qui ont des importations plus importantes depuis les années 2000. On remarque la fulgurante augmentation des importations de thé de ce dernier.

Importations de thé

Pourquoi ces pays produisent-ils plus de thé que d'autres ?

     Le premier argument est climatique. D’après le site Palais des thés, les théiers poussent dans les « régions au climat chaud et humide, avec des pluies régulières, de préférence réparties sur toute l’année ». Globalement, dans les zones tropicales ou subtropicales.

     Aussi, le besoin de main d’œuvre et un argument. Nous y reviendrons, mais les pays producteurs sont plutôt des pays en développement. De fait, les règles de protection et de sécurité au travail sont sûrement moins rigoureuses que dans les pays « du Nord ». Cela permet aux grandes entreprises de produire vite et en grande quantité.

Pour quels pays produisent-ils ?

     À qui vendent les plus grands exportateurs aujourd’hui ?

Les données que nous avons trouvés sur les importations proviennent de la FAO et datent de 2010 à 2020.

     Les plus grands demandeurs de thé ces dernières années sont donc le Pakistan, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Thé

Royaume-Uni

     Que le Royaume-Uni consomme du thé ne choquera personne, mais contrairement aux relations passées, ce n’est plus l’Inde qui permet au Royaume-Uni d’en consommer aujourd’hui. Entre 1995 et 2015, la majorité des importations provient de pays d’Afrique de l’Est comme le Burundi, la Tanzanie, le Rwanda ou le Kenya… Une petite partie des stocks achetés par le Royaume-Uni est produite en Asie du Sud surtout en Indonésie et au Vietnam. Après 2015, c’est le Sri Lanka qui est le premier fournisseur de thé des Britanniques.

     Pourtant, malgré son histoire et ses traditions liées à cette boisson, « the UK » n’est plus le premier importateur de thé. Il s’agit du Pakistan. On peut tout de même supposer que c’est l’influence de l’Angleterre qui a joué au travers de la colonisation.  Si le Pakistan et l’Égypte boivent autant de thé, cela pourrait être dû à leur statut d’anciennes colonies britanniques. Les Anglais qui connaissaient déjà bien le thé auraient pu l’introduire dans les coutumes locales.

 

Pakistan

     D’ailleurs, intéressons-nous au cas du Pakistan. Sa proximité géographique avec l’Inde nous pousse à penser que la majorité de ses importations proviennent de ce pays. Pourtant, ce n’est pas ce que montrent les données…

     Le Pakistan importe depuis le Kenya, qui profite, par ailleurs, de cette source de revenus et de travail (cf. partie sur les conséquences sociales).

Chine

     Globalement, il semblerait que les plus grands importateurs achètent leur thé à la Chine. Ce n’est pas étonnant puisqu’il s’agit du plus grand producteur comme nous l’avons déjà vu. Sur la carte de flux, on voit donc apparaître les échanges de la Chine avec des territoires proches géographiquement (Japon, Hong Kong) mais aussi avec l’Afrique du Nord (Maroc, Libye…), les États-Unis, et la Russie. 

Thé

Russie

     On termine donc avec le cas de la Russie dont la consommation du thé a aussi une portée historique. Elle remonterait aux routes de la soie. À cette époque, il aurait été de tradition d’échanger des fourrures locales contre du thé de Chine. En général, le thé bu en Russie est décrit comme étant « noir et fort ».

Boisson thé café sucre

III. Conséquences

Environnementales

     La culture du thé en elle-même n’est pas néfaste. On dit même qu’elle aurait un bilan carbone négatif. Mais d’autres problèmes environnementaux sont liés aux théiers. En particulier, on peut penser à la déforestation. Le Sri Lanka y est très sensible : « des centaines de milliers d’hectares de forêts ont disparu en quelques décennies ». Dans la continuité de cette idée, voulant augmenter toujours plus les rendements, on sait que l’utilisation de pesticides est commune sur les plantations (pour ne pas dire systématique). Or ces produits font des ravages à la fois sur les sols, la biodiversité et notre santé.

Sociales

Ce sont globalement des pays en développement qui produisent du thé aujourd’hui. Cela est dû principalement au fait que la culture de ces plants demande du temps et de la main d’œuvre. Cela peut en un sens bénéficier aussi à ces populations souvent plus pauvres puisque cela représente une source de revenus. 

Plus généralement, ce sont même les femmes qui cueillent le thé pour des raisons de « fiabilité » dans le travail et de meilleures capacités à s’occuper du traitement des feuilles (douceur et odorat …), elles ont des salaires de misère et travaillent sur les « pentes des collines où se situent les champs, de 7h à 18h avec un sac sur le dos qui peut dépasser les 20 kilos ».

culture thé

En résumé

Le thé est donc considéré comme un des plus gros et ancien vol industriel de l’Histoire. Cela a impliqué la mondialisation prématurée de sa production et de sa consommation, puisqu’il a pu être produit dans d’autres pays que la Chine.

     Aujourd’hui, ce sont donc plusieurs territoires du globe qui se partagent la production du thé. On peut citer la Chine et l’Inde qui restent en tête, mais aussi le Kenya, le Sri Lanka et d’autres dont la production est moins importante. 

     Dans le monde, nombreux sont ceux qui consomment du thé puisqu’il se trouve sur le podium des boissons les plus bues sur la planète. Or les pays qui importent le plus ne sont pas des pays producteurs (exception faite pour la Chine, mais elle n’entre pas dans le top 10 des consommateurs). Par conséquent, ceux qui boivent du thé se doivent de l’acheter aux grands pays producteurs et sont donc dépendants de leurs stocks. 

     En revanche, on nuance notre approche en expliquant que les pays producteurs, eux, dépendent relativement peu (économiquement parlant) de leurs revenus liés au thé. En faisant le rapport entre les bénéfices du thé pour le pays et son PIB, on se rend compte qu’il est toujours inférieur à 1% (depuis 1961). Cela signifie que de nos jours, les pays ont diversifié leurs sources de revenus. Dans le passé, le contexte était un peu différent, car si l’Inde, par exemple, produisait majoritairement du thé, les revenus ne lui étaient pas directement utiles puisque c’était alors une colonie britannique. 

    Pour conclure, le thé s’est mondialisé au fil de l’Histoire pour être aujourd’hui, non plus un produit typique de la Chine ou du Royaume-Uni, mais bien une boisson dont la production s’est étendue au-delà du périmètre chinois initial, et dont la consommation s’est mondialisée.